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Les voix de l'immobile

Les voix de l'immobile

Carnets de poèmes, de paroles et de voyages intérieurs du centre pénitentiaire de Maubeuge

Carnets de premières fois

Carnets de premières fois

 

Premier ami

Nous nous sommes rencontrés en 2013 dans cette boite de nuit où tu aimais tant aller. Alors que la soirée se terminait et que je rentrais chez moi à pied chez moi avec mes potes, tu t’es arrêté en voiture à notre hauteur en nous proposant de nous raccompagner. On a dit « oui ». Dans la voiture, on a discuté d’où tu venais et comme par hasard tu venais du même coin que moi. De là on a échangé nos numéros de téléphone et ensuite, l’engrenage. Nous sortions tous les week-end ensemble jusqu’au jour où, par malheur, une balle t’as abattu de plein fouet.

 

Premier mensonge

J’étais tout petit. A l’âge de 3 ans, voilà que mes parents partent dormir. Moi, petit bonhomme que j’étais, je suis sorti de ma chambre pour me rendre à la cuisine ouvrir l’armoire où se trouvait le chocolat.

Et comme la hauteur au niveau de l’armoire était trop haute, je suis monté sur une chaise.

De là j’ai réussi à prendre le lapin de Pâques pour le manger assis. Mais des miettes sont tombées, bordel. J’ai mangé tout le lapin, bon ! Seule chose à faire… repartir au lit.

Le lendemain c’était le jour de Madame la Cloche.

Vite fait de descendre de la chambre pour cacher toutes les miettes de chocolat sous le meuble.

Ah quelle affaire !

Et là, il est où le lapin au chocolat ?

Hé bien je l’ai mangé !

Papa maman avaient retrouvé les miettes sous le meuble.

Je vous dis pas la suite !

 

Première naissance, premier mort

3 janvier 2005, il y a 10 ans déjà. Le ciel était gris, les sols étaient humides mais mon cœur emplit de joie. Quatre jours plus tôt, une petite fille, ma petite sœur avait pointé son nez. Mes vacances étaient rythmées par les allers-retours à la maternité et à l’hôpital situé juste en face. En effet, mon grand-père y était hospitalisé depuis avant les fêtes. Je passais mes fins d’après-midis dans sa chambre, entre la machine à oxygène et ses toux déchirantes.

Ce jour-là mon père, son beau-père et moi étions partis acheter des cadeaux pour la petite. En repassant chez nous, avant d’ouvrir la porte, le téléphone sonnait déjà. Mon père a répondu, il s’est figé… Il a raccroché. Puis m’a demandé calmement de le laisser seul à la maison.

Je sentais que quelque chose clochait. Inconsciemment j’ai manipulé le téléphone et je suis tombé sur ma grand-mère. Je n’avais jamais entendu une telle détresse dans la voix. Elle m’a dit que mon père fasse vite. J’ai tout de suite compris. J’ai patienté jusque vers 20h00 environ. Mon père est arrivé, m’a pris dans ses bras. Sans un mot, la gorge nouée, je comprenais que c’était lui, mon grand-père, mon premier mort. Mes rêves d’enfant se sont envolés j’avais perdu mon pilier, MEU AVO.

Souvent je repense à son figuier. Il était toujours assis dans la salle à manger face à ce Grand Splendide, venu de notre village, je le revois cet arbre perdant ses feuilles. Ce jour-là, la dernière feuille qui luttait contre vents et marées, est tombée.

 

Première cigarette

Quatorze ans. C’est un âge insouciant, on se cherche, et où très souvent on se perd. Quatorze ans, mais je travaillais déjà. Un petit matin plein de brouillard, je pédalais avec fatigue et mécanique pour faire avancer mon vélo que j’ai tellement maudit mais qui me permettait d’aller vers cette maudite usine plus vite qu’à pied. Il y avait un brouillard plus épais qu’un bouquin de Stephen King. Une voiture s’était retrouvée dans le fossé, une Ford Escort. La curiosité me fait arrêter, descendre de vélo. Je m’approche de la voiture, elle est ouverte. J’ouvre la portière, la peur fait cogner mon cœur dans ma poitrine à un tel point que j’ai l’impression qu’il va bondir au dehors.

Il n’y a personne dans cette voiture sauf une odeur fétide, et un paquet de cigarettes « Boule Nationale », un paquet bleu marine, je m’en souviens bien. Je saisis ce paquet, mon cœur va exploser, et je cours vers mon vélo pourtant si proche pour m’enfuir avec le fruit de ma rapine.

L’après-midi, avec mon frère, je lui relate fièrement l’acte d’héroïsme puéril et lui montre le trophée de mon premier acte illégal, enfin je pense. Il me dit « on va essayer ». Il s’en va chercher des allumettes dans la cuisine sur la gazinière valétudinaire. Nous nous cachons dans un des greniers. Première sensation la lueur de l’allumette qui brûle, accompagné d’une violente odeur de soufre, l’enfer semble proche. Puis la cigarette dans la bouche. Je pompe maladroitement, bêtement, en faisant comme si je l’avais toujours fait. De suite la violence du tabac déferle dans ma bouche, âcre, giflant mes sens, indomptable, démolissant ma langue et les saveurs. Je me retiens de tousser, pour bien montrer que je suis un homme. Mon frère m’imite curieusement, comme si ce rite était inscrit dans chacun de nous.

Les yeux nous brûlent, le dégoût des arômes excessifs de cet acte inhabituel nous envahit, nous écœure, mais nous ne montrons rien. À la fin, fausse satisfaction d’être un homme, d’avoir passé un obstacle, faire partie du club des initiés. Fort heureusement le tabac ne m’a pas eu, mon frère non plus. Je suis resté le maître de mon palais.

 

Première déception

Ma première déception, c’est un jour d’été. La PJ vient me réveiller au petit matin pour me ramener ses locaux. Après une perquisition chez ma copine, ils en savaient assez. J’avais capté que j’allais direct en prison, j’ai gardé le silence. Ce jour-là, j’ai perdu ma liberté et je savais que c’était pour longtemps. Aujourd’hui ça va faire 4 ans. Je finis mon temps avec humilité pour oublier cette blessure et cette déception.

 

 

 

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